Jazz News

Marseille Jazz des cinq continents - épisode 3

Jazz News

photo : Etienne de Villars

Samedi 23 juillet. Quatrième et dernière soirée pour Jazz News à Marseille. Quatre concerts au programme : la belle australienne Sarah McKenzie, le parfait gendre Kyle Eastwood (au français irréprochable), les locaux de l’étape Onefoot et le jeune quartetMinuit 10. Un joli programme dans cadre bien plus que joliet : les toits-terrasses du rutilant Mucem et du Fort Saint Jean retapé, tous deux reliés par une passerelle. A tribord, le soleil plonge lentement dans la méditerranée. A bâbord, la Bonne Mère veille sur le public et les musiciens. Décidément, l’idée de sortir du confortable (et majestueux) Palais Longchamp est une réussite. Le festival parvient à investir des lieux exceptionnels et emblématiques de la ville, adaptés aux plateaux qui drainent moins de monde, aux groupes plus intimistes.

Pierre Boussaguet, Sarah McKenzie photo : Etienne de Villars

Retour à la musique, justement. McKenzie, dont on connaît le répertoire sur le bout des doigts, joue en quartet avec ses musiciens habituels : Pierre Boussaguet à la contrebasse et Marco Valeri à la batterie. A la guitare, une nouvelle recrue : Daniele Cordisco. Malheureusement, la prestation est globalement timide, le son d’ensemble un peu corseté, sauf sur les blues, forme qui reste incontestablement celle qui sied le mieux à notre pianiste et chanteuse. Sarah McKenzie, qui joue au fond du temps, aurait besoin — pour un meilleur équilibre et une dynamique plus tendue — d’une section rythmique petersonnienne, qui tire les pulsations vers l’avant. Or, ici, le drive du batteur laisse de marbre. Cette réflexion, on se l’était déjà faite lors d’un concert parisien. Mais personne ne doute une seconde du talent de Sarah : il reste simplement à trouver les bon co-équipiers. Et laisser le temps au temps.

Onefoot photo : Etienne de Villars

La nuit tombée, on traverse la passerelle, direction le Mucem, où se produit Onefoot, trio explosif emmené par deux frères d’origine arménienne. Le groupe, qui s’intéresse en profondeur à la musique traditionnelle de leurs ancêtres, et aux compositeurs Komitas et Khatchatourian, s’inscrit complètement dans la lignée de Tigran en mixant des mélopées simples, lyriques, à des structures rythmiques rock, asymétriques, et à des ambiances électro détonantes. Voire un peu trop : on pourrait reprocher à Onefoot d’abuser de gimmicks façon dubstep commerciale avec des breaks carrément poussifs. Mais, sur scène, l’énergie contagieuse des trois marseillais convainc et la précision de leurs jeux respectifs impressionne.

Kyle Eastwood photo : Etienne de Villars

Dernier concert de notre épopée marseillaise avec Kyle Eastwood. Snobisme du jazz oblige, on a toujours considéré le fils de Clint comme un bassiste a priori insignifiant, auteur d’une musique légère, certes agréable mais anecdotique. Mais ça, c’était avant de le découvrir pour la première fois sur scène à Marseille, avec une prestation plus que respectable. Eastwood sait parfaitement s’entourer : le batteur Chris Higginbottom possède un drive enlevé et une attaque tranchante, le pianiste Andrew McCormack fait lui aussi des merveilles. Le répertoire constitué de morceaux de sa patte (avec un amour certain pour le ternaire africain) et de standards modernes (à l’image du « Dolphin Dance » de Herbie Hancock) est parfaitement exécuté, accrocheur et varié. Qu’on se le dise, le contrebassiste et bassiste électrique relocalisé à Londres a largement évolué comme instrumentiste depuis ses débuts discographiques. Du coup, on range notre langue de cagole, et on applaudit. Clap de fin pour les parigots de Jazz News. Putain, con, c’était bon. Vivement l’année prochaine. Louis Victor