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Marseille Jazz des cinq continents - épisode 2

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Rainer Burninghaus, Yuri Daniel, Jan Garbarek, Trilok Gurtu photo : Etienne de Villars

Rainer Burninghaus, Yuri Daniel, Jan Garbarek, Trilok Gurtu photo : Etienne de Villars

Vendredi 22 juillet. Ce soir, un seul concert. Au Théatre Silvain, toujours. Le saxophoniste norvégien Jan Garbarek, acteur majeur de la scène européenne et musicien essentiel dans la création du son scandinave, prend place, menacé par la pluie, sous les arbres élégamment éclairés du théâtre de verdure. A sa gauche, Trilok Gurtu, joueur de tabla, batteur et percussionniste virevoltant. A sa droite, Yuri Daniel, bassiste électrique équipé d’une fretless et Rainer Burninghaus, pianiste qui ressemble étrangement à l’humoriste britannique Bill Bailey — excellent claviériste par ailleurs. Contrairement au concert de Danielsson de la veille, on ressent immédiatement un interplay solide, une connivence évidente entre les musiciens. Tous se connaissent depuis longtemps. Le groupe possède un son d’ensemble puissant, parfois rock, avec une pointe de kitsch (la faute en partie au son de piano du Roland D-700 qu’utilise Burninghaus autant que son Steinway). Résultat : le public est captivé dès le second morceau. Nous aussi.

Trilok Gurtu photo : Etienne de Villars

Trilok Gurtu photo : Etienne de Villars

 

Garbarek, qui oscille entre un soprano courbé et un ténor, offre sur ses compositions énormément d’espace à ses musiciens qui bénéficient de longs interludes en solo pendant lesquels ils laissent libre cours à leur imagination. A ce petit jeu, Trilok Gurtu, animé par une énergie détonante, équipé de sifflets, entouré de sceaux d’eau, de gongs et autres nombreuses percussions, impressionne et galvanise son audience avec une improvisation farfelue, ingénieuse et très riche en variétés de timbres. De quoi voler la vedette au leader de cette soirée. Envolées sauvages dans les (sur)aigus, style funky dans les registres medium, son plein et massif comme un iceberg dans les graves, le jeu de Jan Garbarek n’a rien perdu de sa superbe, de son originalité, et de son pouvoir extrêmement communicatif. Le voir évoluer dans un registre enlevé, très tendu rythmiquement, assez loin de l’esthétique d’ECM qui définit son parcours, à de quoi surprendre. La preuve : tout au long de ce concert de plus de 2h00, notre attention n’est pas retombé une seconde. Fait rare. Louis Victor