Jazz News

Marseille Jazz des cinq continents

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Ilhan Ersahin photo : Etienne de Villars

Ilhan Ersahin photo : Etienne de Villars

Mercredi 20 juillet. Coup d’envoi du festival de Marseille Jazz des Cinq Continents sur le toit de la Friche. Imposant bâtiment industriel qui hébergeait jusqu’à la fin des années 1980 une des plus grosses manufactures de tabac en France, la Friche, installée dans le quartier populaire (en pleine renaissance culturelle) de la Belle de Mai, est le nouveau spot des marseillais en pantalons ajustés et retroussés : ceux qu’on appelle dans nos contrées du 11e les hipsters, bobos et consorts. Qui de mieux, donc, pour coller au décor que le saxophoniste turque, new-yorkais d’adoption, et propriétaire du très éclectique voire underground — si le terme possède encore un sens — club Nublu, dans l’East Village ? Un choix d’autant plus judicieux pour cette soirée d’ouverture que la musique d’Ersahin, accessible, simple dans sa forme, ses structures, et accrocheuse dans ses développements mélodiques, mêle pop, rock (tous ses instrumentistes sont des musiciens de sessions de la scène stambouliote), jazz modal, et dans une plus faible proportion, musique d’inspiration orientale — une influence renforcée par la présence du percussionniste Izzet Kizil. Le répertoire interprété sur scène, qu’on découvre pour la première fois avec intérêt, est cosmopolite, énergique, moderne et présente une esthétique un peu crade. Comme Marseille, quoi. La 17e édition est officiellement ouverte, les festivités peuvent alors commencer. Sous le soleil, évidemment.

 

Jeudi 21 juillet. Changement de décor. Changement de programme. Direction le Théâtre Silvain, à quelques mètres de la méditerranée et de la pizzeria l’Eau à la Bouche, qui a le pouvoir de rendre les concerts un peu ennuyeux bien plus digestes. Un théâtre d’inspiration antique qu’investit le festival pour la seconde année consécutive : lieu splendide, verdoyant, chaleureux, qui possède une excellente acoustique et une taille raisonnable, parfaitement adaptée au jazz, lorsqu’il n’est pas électrique et ne fait pas danser. Un lieu qu’on classe aisément dans notre top 5 des meilleures scènes estivales.

Didier Lockwood photo : Etienne de Villars

Didier Lockwood photo : Etienne de Villars

En première partie, Didier Lockwood, entouré d’une fameuse section rythmique (Dédé Ceccarelli à la batterie, l’époustouflant Antonio Farao au piano, et le plus parisien des contrebassistes américains Darryl Hall) fait le job avec un répertoire entre swing au fond du temps et ballades de son cru. Puis arrivent les blagues, le violon électrique équipé d’un micro H.F. et, last but not least, l’incontournable (mais toujours aussi réjouissant) exercice d’improvisation hors-scène, dans les gradins, au milieu du public. Un show calibré, parfaitement exécuté, qui aurait de fait mérité de se retrouver en seconde partie de soirée avec un peu plus de temps. Car la déception est immense lorsqu’on découvre une heure plus tard l’ambitieux projet du contrebassiste Lars Danielsson : un octet qui réunit sur scène des solistes de divers pays et différentes cultures musicales. De l’Allemagne à la Finlande en passant par la Bulgarie et la Palestine. Après une intro en duo voix-contrebasse autour de Joni Mitchell, Danielsson aborde rapidement le répertoire de son album Liberetto, sur lequel officient Tigran, Magnus Oström, et dont on garde un délicieux souvenir. Mais ici, les arrangements sont maladroits, manifestement pas assez préparés. Le pianiste finnois Iro Rantala reste relégué au rang de simple accompagnateur, le batteur Wolfang Haffner ne possède pas un tiers de la puissance de jeu de Magnus Oström, et les solistes peinent à trouver leur place. Après quatre morceaux bien trop timides, et malgré une merveilleuse pizza, on abandonne. Ce sera mieux demain. Louis Victor